7 siècles

La Ferme-Château de Falnuée

A l’extrême limite sud-ouest de l’entité gembloutoise se dresse le Château-Ferme de Falnuée dont le passé historique mérite de retenir toute notre attention.

Il convient tout d’abord de cerner l’éthymologie du toponyme Falnuée. Il semble dériver du latin Fagus signifiant “Hêtre”. D’autres appellations, Faunwez, Faunoué et même Villers-sur-Onon, désignèrent l’endroit au cours de l’histoire.

Falnuée se situe au confluent de l’Orneau et de la Ligne à un endroit stratégique car la vallée s’y resserre. Un donjon y fut construit durant la seconde moitié du XIIIème siècle, probablement vers 1285. La première mention écrite s’y rapportant date de 1343.
Erigé aux confins du duché de Brabant, et du comté de Namur, le donjon de Falnuée exerçait une mission de guet au profit du dynaste namurois. Il perdit sa raison d’être militaire lors de l’unification de nos provinces par Philippe Le Bon qui devint Comte de Namur en 1429, Duc de Brabant en 1430 et Comte de Hainaut en 1433.

La région de Gembloux servait de limite entre le duché de Brabant et le comté de Namur. Les systèmes défensifs des deux dynastes s’y opposaient.
Le donjon de Falnuée entrait dans le système défensif du Comte de Namur qui possédait d’autres endroits fortifiés dans notre région :

  • Le château de Golzinnes (Bossière), situé à la limite occidentale du comté de Namur, dominait la vallée du Ripjoux et contrôlait la seule route médiévale menant de Namur à Gembloux. Ce château abritait une garnison permanente commandée par un châtelain désigné par le Comte de Namur. Il fut détruit en 1430 par les troupes du Prince-évèque de Liège, Jean de Heinsberg, et ne fut jamais reconstruit.
  • Au XIIème siècle, un donjon carré entouré d’une première enceinte fut construite sur le site de Mielmont (Onoz). Un château comportant cinq tourelles et une seconde enceinte, y fut bâti au XIIIème siècle.
  • Construite vers 1225, la haute tour de Villeret (Saint-Martin) assumait également une mission de guet en faveur du Comte de Namur. Elle surveillait principalement le château de Corroy.
  • A Froidmont, un hameau de Moustier-sur-Sambre, un château existait déjà au XIIIème siècle. Il surveillait la Sambre et son affluent, l’Orneau. Il fut détruit par des soldats français en 1690.

Face à ces positions fortifiées du Comte de Namur, le duché de Brabant présentait un dispositif défensif important.

  • Devant la menace constituée par les agressions du comte de Namur, le souverain des Germains, Frédéric I Barberousse, autorisa la ville de Gembloux à s’entourer de remparts par un diplôme daté de 1152. Dès 1156, la ville était entourée de remparts flanqués de tours et couvrant une superficie de 7 ha.
  • Le château de Corroy date du XIIIème siècle et fut construit par la famille Vianden pour se prémunir contre les agressions des Comtes de Namur. Cet important château de plaine n’était situé qu’à cinq kilomètres du château des Comtes de Namur à Golzinnes et qu’à moins de vingt kilomètres du château principal de ces dynastes à Namur.
  • Le château de Sombreffe, édifié vers la fin du XIIème siècle, surveillait la frontière méridionale du duché de Brabant.

Si le comté de Namur était peu étendu et enclavé dans la principauté de Liège, le duché de Brabant dépassait de loin l’importance actuelle de la province de Brabant. Il comprenait quatre grands quartiers regroupant des villes comme Louvain, Tirlemont, Bruxelles, Wavre, Nivelles, Anvers, Breda, Tilburg et Eindhoven.
Lorsque le comté de Namur et le duché de Brabant se trouvèrent placés sous la tutelle d’un même prince en 1430, ces tours fortifiées et ces châteaux perdirent progressivement leur raison militaire et furent aménagés de façon plus confortable.

Au début du XIIIème siècle existaient à Falnuée des alleux, c’est à dire des terres non inféodées. Ces domaines finirent par entrer en possession de Henri de Fanuée. Guillaume I, Comte de Namur de 1337 à 1391, accorda à ce dernier le droit de pêche sur trois rivières: l’Orneau, de Vichenet à Falnuée, la Ligne, du bois de Saint-Martin à Falnuée, le Ripjoux, de sa sortie de Golzinnes jusqu’à Mazy.
Les possessions de Henri de Fanué et ses droits constituèrent un fief. Le vassal rendit hommage à son suzerain, le comte de Namur, le 31 mars 1344. Falnuée devint alors une seigneurie foncière. Le seigneur de Falnuée y exerçait la basse justice relative aux litiges concernant les propriétés. Cette seigneurie foncière s’étendait sur près de 120 bonniers de terres et 45 de bois. (Le bonnier, dans la région namuroise, valait 94 ares et 61 ca.)

Le Château-Ferme de Falnuée constituait le siège de la seigneurie foncière. Les manants de l’endroit étaient redevables à leur seigneur foncier d’un setier d’avoine et d’une poule à la Noël. (Un setier vaut un peu moins d’un demi-litre)
Le comte de Namur resta cependant durant tout le moyen-âge le seigneur hautain de Falnuée. Il y exerçait la haute justice relative aux crimes et percevait les droits seigneuriaux:

  • la taille (impôt foncier)
  • la formorture (saisie par le seigneur, en cas de décès, de la moitié des biens d’un homme sans enfant et de la totalité des biens d’un veuf sans héritier direct ou sans bâtard)
  • la mortemain (droit de sucession consistant en la saisie au profit du seigneur du meilleur objet meuble du défunt)
  • Commands et corvées (prestations dues par les manants en raison de la protection seigneuriale)
  • l’afforage (taxe touchant les boissons)

Sur la mortemain et sur la formorture, le comte de Namur, seigneur hautain, ristournait deux sous au seigneur foncier de Falnuée.

La seigneurie foncière de Falnuée constituée au profit d’Henri de Falnuée fut tenue ensuite par diverses familles. Le 10 avril 1456, Jean, bâtard du comte de Namur et seigneur de Trivières, obtint le fief par saisie. Ses descendants le conservèrent jusqu’au milieu du XVIIème siècle.

Par la suite, cette seigneurie foncière de Falnuée échut à d’autres familles.
En 1651, elle fut acquise par Agnès de Davre, dame de Mielmont, puis fut cédée à un De Franquen, puis à Pierre Roose, baron de Leeuw et seigneur de Spy en 1715. Au milieu du XVIIIème siècle, la seigneurie foncière de Falnuée devint la propriété de la Famille de Coloma.
En 1626, Philippe IV, roi d’Espagne et,-à ce titre-, comte de Namur, renonça à l’exercice de la haute justice à Mazy. La seigneurie hautaine de Mazy, Monceau (Hameau de Mazy situé entre ce village et Bossière sur la rive gauche du Ripjoux) et Falnuée fut constituée et engagée, c’est à dire vendue avec faculté de rachat par le souverain pour la somme de 4600 florins à François-Lamoral de Sainte-Aldegonde, baron de Noircarmes;

En 1680, la fille de cet acquéreur vendit cette seigneurie hautaine à Charles Pellissonnier, un noble dont la famille possédait une origine bourguignonne.

Il convient toutefois de préciser que la seigneurie hautaine de Falnuée, Monceau, et Mazy fut constituée à une époque, le début du XVIIème siècle, où le seigneur hautain, en raison de la centralisation du pouvoir, disposait de prérogatives moins étendues qu’au moyen-âge.
En 1726, une petite fille de Charles Péllissonnier épousa un membre de la famille de Meldeman de Boure. Celle-ci conserva la seigneurie hautaine jusqu’à sa suppression qui interviendra lorsque l’état révolutionnaire français annexera nos provinces et y abolira l’Ancien Régime.

Le dernier seigneur hautain de Mazy, Monceau et Falnuée fut le général-major Albert-Eugène de Meldeman. Il mourut en 1814 et fut inhumé dans l’église de Bossière.

Dès lors, la ferme-Château fut exclusivement affectée à l’agriculture. Ses bâtiments furent classés en 1976.

Rachetés en 1987 par la S.C. Ferme Château de Falnuée, les constructions et les terrains environnants ont été réaffectés en golf, ce qui a permis la restauration d'une grande partie des bâtiments.


 (d’après M.Pirotte in Bull. du Cercle Art et Histoire de Gembloux)

 

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